Froides sont les nuits lorsqu’on ne sait pas où aller, froides sont les âmes des villes et les regards de ceux qui vous devinent dans l’obscurité. Pour peu que l’on soit un chat noir, que l’on ait le poil ébouriffé par la pluie et les braves gens pressent le pas. Mais même s’il s’en donne le genre, Mano n’a rien d’un voyou prêt à détrousser les bourgeois. Il fait plutôt parti des sensibles, de ces écorchés vifs dont les sentiments effleurent la peau.
Ce soir pourtant, il voudrait maudire Maëva, Tita et tous ceux qui l’aiment ; il voudrait se déchirer la mémoire, oublier son vaurien de père qui est mort en lui laissant une vie en chantier, oublier une mère qu’il n’a jamais connu, il voudrait tous les maudire mais il n’y arrive pas. La seule personne qu’il déteste pour l’instant, c’est lui-même.